Persépolis
"Persépolis",
2007, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud.
Avec Persépolis, Marjane Satrapi adapte sa bande dessinée autobiographique pour le cinéma. Et, pour son passage derrière la caméra, la réalisatrice, récompensée par un prix du jury à Cannes, conserve l’esprit de sa BD : elle nous propose en effet un dessin animé en 2D et en noir et blanc, avec parfois quelques touches de couleur.Les nuances de gris de Persépolis confèrent au film une atmosphère très personnelle, et le minutieux travail sur l’image rend Persépolis visuellement magnifique.Mais, Persépolis est tout sauf un pur exercice de style.
Avec ce film, Marjane Satrapi nous raconte son enfance dans un Téhéran qui voit se succéder des régimes politiques pires les uns que les autres. La réalisatrice se livre sans tabou (elle n’omet pas ses faux pas) et avec humour. Le film regorge d’ailleurs de bonnes idées, comme le double portrait (pendant la relation et après la rupture) que Marjane fait d’une de ses conquêtes, qui est à mourir de rire. De plus, les personnages mis en scène (remarquablement doublés par Catherine Deneuve, Danielle Darrieux qui réussissent à faire vivre leurs personnages) sont suffisamment développés et tous très attachants.
Marjane Satrapi raconte son histoire avec pudeur et sincérité, mais Persépolis lui permet également de nous raconter une histoire moins personnelle, celle de son pays. Elle souligne ainsi la difficulté de vivre en Iran, un pays où les libertés de l’individu sont de plus en plus réduites (liberté d’opinion et d’expression non tolérée, consommation de certains produits non autorisée, port du voile obligatoire). Mais Persépolis évite chaque fois de devenir une critique violente du régime en place à Téhéran. Le propos de Marjane Satrapi ne contient aucune haine, puisque la réalisatrice se contente de constater les faits. Marjane Satrapi et le co-réalisateur Vincent Paronnaud abordent ainsi un sujet grave avec une légèreté remarquable et un humour toujours bienvenu.
Pour sa forme et pour le message qu’il délivre, Persépolis est donc un film qui mérite d’être vu. C'est une véritable rareté dans le domaine de l'animation, bijou remplis d'émotions et fenêtre sur la tolérance.